Lauréat 2016 | Emanuel Dobre

Théologien orthodoxe, Emanuel Dobre est né en Roumanie en 1983. Il commence à l’âge de 14 ans le cursus habituel pour la formation des prêtres (le séminaire théologique), continué avec la maîtrise en théologie orthodoxe à Bucarest. En 2006, il arrive à Strasbourg, où il est reçu à la Faculté de théologie protestante de l’Université Marc Bloch (à l’époque) pour suivre les cours de Master II recherche. Ici il rencontre le professeur André Birmelé, avec lequel il commence à travailler dans le domaine de la théologie systématique, notamment sur des questions liées au dialogue œcuménique. Le mémoire de recherche rédigé à cette occasion analysait l’icône (en théologie orthodoxe) et la parole (en théologie luthérienne) en tant que moyens d’accès à la grâce de Dieu, et sera le point de départ d’une thèse de doctorat, soutenue en 2015. Cette thèse s’intitule « L’icône, porteuse d’Évangile. Étude comparative de la portée de l’icône en théologie orthodoxe et de l’Écriture Sainte en théologie occidentale ». Elle propose une analyse de la compréhension orthodoxe de l’icône et celle de l’Écriture Sainte en théologie occidentale. La base de la comparaison est la notion d’« Évangile », compris comme la Bonne Nouvelle du salut réalisé par le Christ pour l’être humain. On y montre que l’icône et l’Écriture Sainte sont toutes les deux dépendantes, du point de vue de leur contenu, de l’unique source qui est l’événement de l’Incarnation du Christ. L’Évangile se donne aux humains dans leur existence terrestre par divers moyens (« vecteurs de grâce »), qui sont des médiations prises du monde et qui deviennent porteuses de grâce dans leur corporéité même. L’icône est décrite comme « porteuse d’Évangile » en analogie avec le rôle et la place accordés à l’Écriture Sainte dans toutes les traditions chrétiennes. Elles sont toutes les deux des formes de parole – une réalité agissante, un événement capable de changer la personne à laquelle elle est adressée – et peuvent devenir des formes de la Parole de Dieu. C’est à travers cette parole, faible par son humanité, que la Parole absolue de Dieu est proposée devant le monde. L’icône est ainsi marquée par une dimension dynamique de son devenir, passant de l’objet de culte auquel on se réfère si souvent, à une réalité dialogique, qui place devant le Christ le fidèle utilisant l’icône. Le jury de soutenance a trouvé exceptionnel le niveau scientifique de la thèse, et très bonne la qualité du document écrit. Le même jury, ainsi que le jury du prix « Eric de Putter » réuni à la Faculté de théologie protestante de Strasbourg, a souligné le fait que la démarche ici proposée n’a pas d’antécédent dans la recherche théologique et qu’elle a une réelle dimension œcuménique : partant de la tradition orthodoxe, la thèse ouvre cette dernière à des thématiques qui, dans un premier temps lui sont plutôt étrangères. Une analyse précise met en évidence des liens qui peuvent pour certains paraître inattendus mais qui finalement dans le suivi du travail s’imposent d’eux-mêmes. Le deuxième prix « Eric de Putter » lui a été remis le 26 septembre 2016, lors de la cérémonie de la rentrée de la Faculté de théologie protestante.      
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